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Courrier confidentiel : Lettre au successeur de Seedorf

ByTech237

Juil 23, 2019

Courrier confidentiel : Lettre au successeur de Seedorf

_L’équipe nationale du Cameroun est sans sélectionneur depuis le 17 juillet 2019. La course à la succession de Clarence Seedorf sera bientôt ouverte. Mais déjà, quelques Conseils pratiques au prochain élu…_

Par *Christian Djimadeu* / Baromètre Communautaire

Cher futur coach des Lions, être sélectionneur de l’équipe nationale de football du Cameroun, est le vœu de beaucoup d’entraîneurs. A chaque appel à candidature, des centaines de dossiers de coachs affluent de presque tous les continents. Mais bien souvent, l’heureux élu entre dans la tanière par la fenêtre et non par la porte où il est attendu. C’est-à-dire sans n’avoir jamais postulé officiellement.

C’est que, au Cameroun, le candidat qui tient toutes ses chances en mains n’est pas obligé de faire acte de candidature au même titre que les autres. Les recrutements des deux derniers sélectionneurs Hugo Broos, vainqueur de la CAN 2017, et Clarence Seedorf en disent long. En 2008, Martin Otto Pfister, avec qui le Cameroun fût finaliste de la CAN au Ghana avait certes postulé, mais ne faisait pas partie de la short-list des cinq meilleurs profils retenus par la Fédération camerounaise de football, l’organe technique. Les cas similaires d’entraîneurs titularisés dans le flou total sont bien nombreux.

Raison pour laquelle le prochain entraîneur des Lions indomptables gagnerait plutôt à être le produit d’un lobby bien infiltré. Avec des ramifications solidement implantées à la Présidence de la République ou à défaut à la Fecafoot. Peu importe s’il est chômeur depuis longtemps comme l’était Hugo Bross avant son atterrissage inattendu au Cameroun, ou alors s’il a été chassé partout où il est passé à l’instar de Clarence Seedorf. Le plus important est d’être parrainé par un réseau.

Coach, il peut arriver que le réseau exige de percevoir la moitié ou les trois quarts de ton salaire. La tanière des Lions indomptables étant devenue un abri pour entraîneurs en perte de vitesse. Si tu l’acceptes, tu ne seras pas le premier a valider sur ce terrain. Volker Finke, en quittant le Cameroun, avait mis à nu les manigances qui jonchent le processus de recrutement des sélectionneurs chez nous.

Et même, en acceptant de partager ton salaire, tu pourrais le compenser par les offres mirobolantes des agents de joueurs ou des agences de management des footballeurs. Ceux-ci proposent du pactole frais, liquide pour sélectionner ou aligner leurs égéries au sein de l’équipe nationale. Tu ne manqueras pas d’arguments, même s’ils ne convainquent pas, pour justifier par exemple, un choix absurde de titulariser un Franck Etoundi au lieu de Clinton Njie, ou alors de laisser sur le banc banc un Zambo Anguissa pour faire jouer Georges Constant Mandjeck dans un match très capital. Le plus important c’est que ton fric soit disponible.

La négociation de la durée du contrat ne devrait en aucun cas préoccuper celui qui veut entraîner le Cameroun. L’on avait pris toute une nuit pour en discuter lorsqu’il fallait recruter Clarence Seedorf. Le coach néerlandais était catégorique sur le fait de signer un contrat de quatre ans. L’État du Cameroun, très embêté, lui qui a consacré l’instabilité sur le banc de touche de sa sélection a tenu à inclure une clause de performance qui stipule qu’en cas de non résultat, l’on peut à tout moment mettre fin à la collaboration. Ce qui vient en effet d’être fait pour le cas de l’ancien coéquipier de Samuel Eto’o.

Monsieur le prochain entraîneur du Cameroun, il faut savoir que chez nous c’est le résultat à court terme qui compte. Raison pour laquelle l’équipe est déclarée en chantier chaque année. Et le résultat seul ne suffit pas pour maintenir longtemps un sélectionneur. Dans ce cas Hugo Bross serait encore en service ici après le succès à la CAN 2017, Pierre Lechantre ne serait pas parti en 2001, un an après avoir soulevé le trophée de la Coupe d’Afrique des nations. Il ne sert donc à rien, Monsieur le prochain entraîneur, de t’appesantir sur la question de la durée de ton bail. Sauf si cela vise à la longue à porter plainte contre l’État du Cameroun pour résiliation abusive de contrat.

La question de l’indépendance des techniciens se pose aussi fréquemment. L’actuel ministre des Sports et de l’Education physique a laissé entendre que le coach limogé manquait de charisme et que sa sélection subissait des influences extérieures néfastes. Une situation bien connue en effet. En général, elle provient des membres du réseau qui a participé au choix de l’entraîneur. Ces acteurs de l’ombre n’hésitent pas à imposer des joueurs, des classements et des systèmes de jeu. La manœuvre passe discrètement tant que l’on gagne, et devient détestable lorsque les performances chutes. Le futur entraîneur doit donc savoir gérer les pilotes qui l’ont transporté au Cameroun a bord d’un vol spécial de la mafia.

Si tu ne le fait pas, coach, attends-toi à voir d’ici peu le ministre des Sports monter sur le créneau de communication de la Présidence de la République (Présidence Actu) pour donner des indices de ton limogeage imminent. A ce moment, souviens-toi, très sportivement de cette lettre très confidentielle que t’a adressé L’Hebdo Baromètre Communautaire peu avant ta nomination.

christiandjimadeu@gmail.com

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